Produire un foin de qualité repose sur le fait de faucher au bon moment. Un fourrage bien conservé, riche en nutriments et correctement séché, sera la garantie d’une ration efficace pour le troupeau et limitera les dépenses en compléments. Mais comment déterminer ce moment optimal ? Faut-il se fier à une date fixe (mai, juin…) ? Observer la montaison des graminées ? Scruter la météo ?
Nous vous recommandons plutôt d’observer la somme des températures, une approche objective et reproductible. Elle permet d'anticiper le stade physiologique des plantes afin d’ajuster la fenaison en fonction des conditions réelles. Cette méthode optimise la valeur nutritive du foin, limite les pertes et maximise la productivité des prairies. Découvrons comment appliquer concrètement ce levier simple à mettre en place.
Un bon foin est avant tout un fourrage qui répond aux besoins nutritionnels du troupeau tout en garantissant une bonne digestibilité. Mais sa définition exacte variera selon la destination animale (vaches laitières, bovins à l’engraissement, ovins, caprins, chevaux…), les conditions de récolte et les objectifs de l’exploitation.
Un foin de qualité se reconnaît à :
Le déprimage consiste à faire pâturer les prairies tôt au printemps, avant que les graminées n'atteignent la phase « épi à 5 cm ». Cette pratique :
Pour réussir cette étape :
La fertilisation azotée est un levier envisageable pour optimiser la production de foin, car elle aura une influence directe sur le rendement et la qualité du fourrage. Voici les principaux points à considérer :
Le développement des plantes au moment de la fauche sera déterminant pour la qualité du fourrage. Il influence à la fois la valeur nutritive, le rendement et la facilité de séchage du foin.
Un fauchage trop précoce ou trop tardif peut compromettre l’équilibre entre apport énergétique, fibrosité et capacité de conservation du fourrage. Voici un récapitulatif des avantages et inconvénients du fauchage selon les différents stades de développement des graminées :
Ainsi, pour garantir un bon équilibre entre rendement et qualité nutritionnelle, les repères suivants sont à retenir pour récolter au moment :
Vous avez à votre disposition plusieurs repères pour tenter de déterminer le bon moment de la fauche des fourrages, comme par exemple :
Mais avec des conditions climatiques toujours plus variables et incertaines, des saisons irrégulières et des plantes qui ne poussent pas à la même vitesse d’une année à l’autre, difficile de juger à l’œil si le fourrage est bel et bien prêt pour la coupe. Pour combler cette incertitude, rien ne vaut le calcul de la somme des températures.
Ce repère fiable et objectif prend en compte l’accumulation de chaleur nécessaire à la croissance des plantes pour vous aider à prévoir avec précision l’optimum de la végétation, indépendamment des fluctuations météorologiques. Cette somme des températures est tout simplement le cumul des degrés-jours au-dessus d’un seuil minimum appelé température de base, dont voici la formule :
Chaque jour, la moyenne des températures minimales (Tmin) et maximales (Tmax) est calculée :
👉 Exemple fictif pour la luzerne avec une température de base de 5°C :
En additionnant ces valeurs chaque jour, on suit l’évolution de la somme des températures pour anticiper le stade optimal de fauche
Nous l’avons exploré en détail dans notre guide thématique sur le temps thermique des cultures : les éleveurs ont tout intérêt à observer la somme des températures pour mieux maîtriser la qualité de leurs fourrages et l’efficacité de la ration.
Si le déclenchement des fauches peut bien entendu varier en fonction des conditions météorologiques et du risque de précipitations, on peut tout de même avoir une idée précise du moment idéal pour lancer le chantier..
Tableau : Somme des températures requises pour le fourrage
Grâce à la somme des températures, vous avez pu déterminer avec précision la fenêtre idéale de fenaison en fonction de l’objectif de qualité nutritionnelle du fourrage. Dans cette section, nous allons maintenant passer en revue les conseils clés pour récolter son foin au bon moment de la journée et avec la bonne méthode pour garantir un fourrage de qualité.
Le choix du matériel de récolte a un impact direct sur la qualité du foin et les pertes mécaniques. Les pertes peuvent atteindre jusqu’à 1/3 des fourrages en cas de mauvais réglages sur légumineuses par exemple ! En fonction du type de fourrage et des conditions de récolte, certaines machines seront donc plus adaptées que d’autres
Il est estimé qu’il faut autour de 2 à 3 jours / 40 à 70 heures au mieux pour obtenir une dessiccation optimale du foin, voire une semaine. Par exemple, avec une température moyenne de 15°C, il faut prévoir environ :
Fenêtre météo : Minimum 4 à 5 jours sans pluie ➡️Évite le lessivage des nutriments et laisse le temps pour la dessiccation complète.
Température : ≥ 15°C ➡️Plus la température est élevée, plus le séchage sera rapide
Hygrométrie : < 70 % ➡️ Humidité de l’air basse = meilleure évaporation de l’eau du fourrage.
Vent : Présence de vent modéré ➡️ Favorise l’évaporation de l’eau contenue dans le fourrage
Ensoleillement : Fort ➡️ Augmente la température et favorise la dessiccation.
Une fois le fourrage coupé, les végétaux continuent à respirer tant que les cellules sont vivantes. Ce qui entraîne une perte des sucres solubles, donc des unités fourragères. On vise donc à minimiser le temps de dessication pour limiter la respiration.
Tableau : Timing idéal pour faucher dans la journée
Le choix de la hauteur de coupe va influer sur la qualité du fourrage et la bonne repousse de la prairie.
La présence de poussière dans le foin affectera sa qualité. Cela va réduire son appétence et possiblement nuire à la santé des animaux (irritations respiratoires, développement de mycotoxines). Plusieurs facteurs contribuent à l’accumulation de ces particules fines :
Voici maintenant un tableau récapitulatif des différentes étapes du fauchage avec un exemple de temps nécessaire pour chaque chantier. Nous utiliserons ici l’exemple suivant :
Exemple : 22 heures (1,8 ha/h)
Exemple : 34 heures (3,5 ha/h sur 3 passages)
Exemple : 16 heures (2,5 ha/h)
Exemple : 20 heures pour 600 balles (30 balles/h)
Foin : ≥ 85% MS.
Enrubannage : ≥ 45% MS et enrubanner sous 4h.
Ensilage : 35% MS, longueur de coupe adaptée (< 3 cm si MS élevée, 4 cm si MS faible).
Il existe de nombreux outils à destination des éleveurs et des agriculteurs pour suivre les conditions météorologiques, calculer les degrés-jours et anticiper le meilleur moment pour récolter. Plusieurs bases de données en accès freemium vous permettront d’obtenir des informations précises pour votre région, comme par exemple :
La station météo connectée développée par ISAGRI, est conçue pour vous donner une vision claire et précise des conditions sur votre exploitation. Elle vous fournit des données météo ultra-locales, mesurées directement sur votre parcelle. Plus besoin d’aller chercher des informations dispersées : tout est accessible en temps réel depuis une application mobile dédiée.
Avec la station météo connectée, suivez jour après jour l’accumulation de la somme des températures. Plus de décisions prises à l’intuition : vous avez un suivi précis qui vous permet d’intervenir au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard, pour récolter un fourrage à haute valeur alimentaire.
Notre application vous alerte aussi sur les risques météorologiques, afin d’anticiper une dégradation rapide du temps, ou au contraire, d’exploiter une fenêtre favorable pour sécher votre foin dans de bonnes conditions. Plus besoin de vérifier la météo plusieurs fois par jour : vous recevez directement les informations essentielles pour ajuster votre travail.
L’application météo agricole vous aide enfin à optimiser le séchage et le stockage en vous informant sur l’humidité de l’air, la température, la pluviométrie et le vent. Vous pouvez ainsi décider du bon moment pour faner, andainer ou presser, en réduisant les pertes mécaniques et en sécurisant la conservation de votre foin.